Pour une gestion publique de l'eau à laquelle les usagers-citoyens puissent comprendre quelque chose...

lundi 27 octobre 2008

Véolia : Sept semaines pour éviter d'en reprendre pour 15 ans!




Véolia jusqu’à plus soif
Par Patrick Piro
Politis, jeudi 23 octobre 2008

Tenu par la droite, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), plus gros service de distribution en France, s’apprête à reconduire son prestataire privé, Veolia, en dépit d’une contestation grandissante.

Les Franciliens vont-ils boire « Veolia » quinze ans de plus ? Depuis 1923, le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) délègue à la multinationale française la production et la distribution de l’eau potable d’une grande partie de la région parisienne. Mais, alors que l’actuel contrat de concession arrive à échéance fin 2010, la gestion de Veolia subit d’importantes critiques. Selon l’association de défense des consommateurs l’UFC-Que choisir, le prestataire aurait notamment fait supporter par les usagers une surfacturation, évaluée à 90 millions d’euros. Plus gênant, un audit financé par le Sedif même laisse apparaître une possible baisse de tarifs totalisant 45 millions d’euros par an. « Ce rapport est par endroits encore plus sévère que la chambre régionale des comptes, qui avait déjà relevé des irrégularités flagrantes, expose Marc Laimé, journaliste spécialisé et conseiller auprès de collectivités sur les questions d’eau. Sa conclusion revient à dire que Veolia exerce une gestion de fait sur le Sedif ! »

André Santini est président du Syndicat des eaux d’Île-de-France depuis 1983. LAMY/AFP

Il n’empêche. Jeudi 23 octobre, quand le bureau du Sedif, présidé par l’indéboulonnable centriste André Santini, a présenté aux délégués des 144 communes du syndicat sa proposition pour la gestion de l’eau à partir de 2011 et pour quinze ans, ceux-ci ont découvert qu’il s’agit… d’une délégation de service privée ! C’est-à-dire la copie quasi conforme du modèle actuel, à quelques « rénovations » près en guise d’absolution – meilleur contrôle financier, création d’un tarif social, etc. Certes, il y aurait un appel d’offres… « Mais comment imaginer que Veolia, en place depuis 85 ans et qui connaît toutes les ficelles de ce marché, puisse être battue ? », s’élève Philippe Kaltenbach (maire socialiste de Clamart, 92), qui mène la fronde aux côtés d’autres élus franciliens, notamment le communiste dissident Jacques Perreux (vice-président du conseil général du Val-de-Marne), du socialiste Christian Métairie (1er adjoint d’Arcueil, 94) et de la Verte Dominique Voynet (maire de Montreuil, 93) [1]. « Je dénonce ce système : tout a été fait, de bout en bout, pour que la multinationale l’emporte. Il y a des liens de connivence avec le Sedif. Faut aimer être grugé ! », s’emporte Philippe Kaltenbach.

Déjà mise en échec l’an dernier à Paris [2], la multinationale subirait un revers majeur en laissant filer cet autre énorme client qu’est le Sedif, le premier de France avec 4 millions d’usagers. Marc Laimé discerne un piège enclenché depuis des mois, fondé sur une « asymétrie d’informations délibérément organisée » : présentation biaisée du dossier, documents remis aux délégués quelques jours avant les réunions, conclusions assenées d’autorité, etc. Tel ce choix unique proposé aux délégués – le privé ou rien –, retenu par le bureau du Sedif parmi quatre hypothèses, dont le retour en régie publique. « Sans la moindre discussion de fond ! », s’élève Christian Métairie. Parmi les 12 membres du bureau – le président et 11 vice-présidents –, deux seulement, favorables à une régie publique [3] ont soutenu André Santini !), ont marqué leur opposition : les socialistes Pascal Popelin (1er adjoint de Livry-Gargan, 93) et Jacques Mahéas (maire de Neuilly-sur-Marne, 93). En mai, ce dernier, avec près de 40 % des suffrages, avait empêché une nouvelle élection du président Santini à l’unanimité, comme il était de naïve tradition depuis vingt-cinq ans. Les deux socialistes argumentent que le propre audit du Sedif estime qu’une régie publique permettrait la baisse la plus importante du prix de l’eau, de 1,70 à 1,45 euro le mètre cube. À ceux qui jugent supérieures les performances du privé sur le public, ils rétorquent que le Sedif, avec son poids, a les moyens « de garantir une qualité de service irréprochable, quel que soit le mode de gestion ». Reste l’argument de fond : le choix de la régie publique, c’est le retour à la maîtrise des politiques sur ce service public fondamental. « Le Sedif s’est politisé, souligne Christian Métairie. Il est traversé par des débats comme il n’en a jamais connu, ce qui rend Santini particulièrement nerveux… »

Le ver est donc dans le fruit, mais aura-t-il le temps d’atteindre le noyau ? Car les 144 conseils municipaux n’ont que sept semaines pour délibérer et donner consigne à leurs délégués, qui voteront le 11 décembre pour ce qui s’annonce comme un véritable référendum : sur le maintien ou non d’une délégation au privé, mais aussi sur l’emprise exercée par Santini sur le Sedif. Les tenants d’une régie publique sont à ce jour minoritaires. Au-delà de la gauche, où il leur faudra faire le plein des voix, ils devront convaincre des municipalités de droite (77 sur 144). « Certaines ne sont pas insensibles à nos arguments, avance Christian Métairie. On ne lâchera pas le morceau. » Il a demandé au bureau du Sedif de repousser la date du vote, « afin qu’un vrai débat public ait le temps de s’instaurer ». Mais il a toutes les chances d’être éconduit. Restera alors l’arme juridique pour forcer ce report. Jean-Luc Touly, élu Vert à Wissous (91) et farouche défenseur d’une régie publique, se dit prêt à déposer plainte contre le Sedif. « Nous avons relevé plusieurs irrégularités attaquables dans le processus… »
Notes

[1] Ils seront présents pour un débat public organisé par la Coordination des élus, associations et usagers pour une gestion publique de l’eau, le jeudi 23 octobre à 20 h à Ivry (94), 2, rue Robespierre, salle Robespierre.

[2] Qui devrait confirmer le 24 novembre sa décision de confier le service de l’eau à une régie municipale.

[3] Les trois autres vice-présidents de gauche (deux communistes et un chevènementiste

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